[ Energie et développement durable ]

Publié le mercredi 17 juin 2009

[ Mercredi 17 juin 2009 ]

Le futur énergétique =géopolitique de demain, EED

Le futur énergétique dessine la géopolitique de demain,

par Michael T. Klare

La récente publication de l’IEO 2009 offre aux observateurs des questions énergétiques une moisson de révélations importante. Parmi celles-ci, la plus importante, et de loin : l’IEO prévoit une forte baisse de la production mondiale prévue de pétrole (par rapport aux précédentes années) et une augmentation correspondante de la dépendance à ce que l’on appelle « les carburants non conventionnels » - les sables et les schistes bitumineux, les gisements à grande profondeur et les biocarburants.

Voici doncla principale information, résumée à votre intention : pour la première fois, la très respectée Energy Information Administration semble rejoindre l’avis des experts qui affirment depuis longtemps que l’ère de l’abondance du pétrole bon marché tire à sa fin. Nouvelle presque aussi remarquable, le rapport 2009 souligne la demande insatiable en énergie de l’Asie et suggère que la Chine se rapproche de plus en plus du point où elle dépassera les Etats-Unis en tant que numéro un mondial de la consommation d’énergie. Manifestement, une nouvelle ère de concurrence énergétique féroce va s’ouvrir.

Très simplement, cela indique que les analystes, pourtant généralement optimistes du ministère de l’Énergie, estiment désormais que l’approvisionnement en combustible mondial ne sera pas en mesure de suivre le rythme de l’augmentation de la demande mondiale. Depuis des années, plusieurs géologues spécialistes du pétrole et des autres types d’énergie ont mis en garde sur le fait que la production mondiale quotidienne approchait d’un niveau maximal - un pic - puis allait par la suite décliner, ce qui pouvait déclencher un chaos économique mondial(de l’alimentation mondiale à l’économie, sur fond de tensions stratégiques pour s’assurer les quelques nouvelles ressources disponible).

Avoir la moindre chance d’éviter de telles catastrophes implique une forte augmentation de la production de carburant non conventionnel. Ces carburants comprennent les sables bitumineux du Canada, le pétrole extra-lourd du Venezuela, les gisements pétroliers des grands fonds marins, le pétrole de l’Arctique, les schistes bitumineux, les liquides obtenus à partir du charbon (CTL), et les biocarburants. A l’heure actuelle, ces ressources cumulées ne représentent qu’environ 4% de l’offre mondiale de carburant liquide, mais devraient atteindre près de 13% d’ici 2030.

Cependant, pour qu’une croissance de cette ampleur puisse se produire, un ensemble de nouvelles industries devront être créés pour la fabrication de ces carburants, avec un coût de plusieurs milliards de dollars. Cette perspective provoque un large débat sur les conséquences environnementales de la production de tels combustibles.

Par exemple, une augmentation significative de l’utilisation des biocarburants - en supposant que ces combustibles aient été produits par des moyens chimiques, plutôt que par la chaleur, comme c’est le cas aujourd’hui - pourrait réduire considérablement les émissions de dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre, ralentissant réellement le tempo du changement climatique. A l’inverse, toute augmentation de la production des sables bitumineux, du pétrole extra-lourd du Venezuela, et des schiste bitumineux des Rocky Mountains, entraînerait une activité à haute intensité énergétique, émettant à coup-sûr de grandes quantités de CO2, susceptible de dépasser les gains effectués grâce aux biocarburants.

En outre, l’augmentation de la production de biocarburants risque de détourner pour la fabrication de carburant de vastes étendues de terres arables utilisées pour l’indispensable culture de denrées alimentaires de base. Si, comme c’est probable, le prix du pétrole continue d’augmenter, il faut s’attendre à ce qu’il soit de plus en plus attrayant pour les agriculteurs de cultiver davantage de maïs et autres cultures destinés à la production de carburants pour les transports, ce qui signifie que la hausse du coût des aliments de base pourrait les rendre hors d’atteinte pour les très pauvres, tout en poussant aux limites de leur budget les familles qui travaillent.

Une lourde empreinte énergétique sur la planète

Les implications géopolitiques de ces évolutions pourraient être très importantes. Entre autres, le poids sur la scène mondiale du Canada, du Venezuela et du Brésil - les principaux producteurs de carburants non conventionnels - vont se renforcer.

Le Canada devient de plus en plus important, en tant que premier producteur mondial de pétrole à partir des sables bitumineux - un matériau épais et visqueux, qui doit être extrait et traité de diverses manières intensives en énergie avant d’être converti en carburant synthétique (synfuel). Selon le EIO, la production de sables bitumineux, qui est actuellement de 1,3 mb/j et est à peine rentable, pourrait atteindre les 4,4 mb/j (ou même, selon les scénarios les plus optimistes, 6,5 mb/j) en 2030.

Compte tenu de la nouvelles projections de l’IEA, cela représenterait un apport considérable à l’échelle mondiale de l’approvisionnement en énergie, au moment où l’on s’attend à ce que la production des sources majeures de pétrole classique subisse d’importantes réduction dans des régions comme le Mexique et la mer du Nord. L’extraction des sables bitumineux, toutefois, pourrait s’avérer une catastrophe environnementale de premier ordre. D’une part, elle requiert un apport considérable d’énergie pour l’extraction de cette nouvelle ressource, d’autre part d’énormes étendues de forêt devraient être rasées, et enfin de vastes quantités d’eau sont utilisées pour produire la vapeur nécessaire à l’exploitation des gisements (au moment même où un semblable « pic de l’eau » pourrait survenir).

Cela signifie que l’accélération de la production des sables bitumineux se traduira par un gâchis environnemental, de la pollution et un réchauffement de la planète. Il y a de nombreux doutes sur le fait que les autorités et l’opinion publique canadiennes soient en fin de compte prêts à payer le prix économique et environnemental requis. En d’autres termes, quoi que l’IEA puisse prévoir aujourd’hui, personne ne peut savoir si les carburants synthétiques seront réellement disponibles en quantité voulue dans 15 ou 20 ans.

Le Venezuela a longtemps été une importante source de pétrole brut pour les États-Unis, fournissant la plus grande part des revenus qu’utilise le président Hugo Chávez pour financer ses programmes sociaux, ainsi qu’un volonté ambitieuse de lutte contre la politique américaine à l’étranger. Dans les années à venir, cependant, sa production de pétrole devrait baisser, ce qui laissera le pays de plus en plus dépendant de l’exploitation des grands gisements de bitume dans l’est du bassin du fleuve Orénoque. Pour développer ces gisements de « pétrole extra-lourd », d’importants investissements financiers et énergétiques seront nécessaires et, comme pour les sables bitumineux du Canada, l’impact sur l’environnement pourrait être désastreux. Néanmoins, il est possible que le succès du développement de ces gisements puisse s’avérer une manne économique pour le Venezuela.

Le grand gagnant de ce triste concours de l’énergie pourrait bien cependant être le Brésil. Il est déjà un producteur important d’éthanol, et on s’attend à une forte augmentation de sa production de pétrole non conventionnel, une fois que les nouveaux gisements ultra-profondes des bassins Campos et Santos seront en exploitation. Ce sont de très grands gisements de pétrole offshore enterrés sous d’épaisses couches de sel, situés à près de 180 km au large de la côte de Rio de Janeiro, à plusieurs kilomètres sous la surface de l’océan.

Lorsque les importants défis techniques posés par l’exploitation de ces gisements sous-marins seront surmontés, la production du Brésil pourrait augmenter de plus de 3 mb/j. En 2030, le Brésil devrait être un acteur majeur de l’équation énergétique mondiale, remplaçant le Venezuela comme premier producteur de pétrole de l’Amérique du Sud.

Nouveaux pouvoirs, nouveaux problèmes

Le rapport 2009 note d’autres changements géopolitiques survenant dans le paysage mondial de l’énergie, en particulier une étonnante augmentation de la part de la production mondiale d’énergie consommée en Asie et une baisse correspondante aux États-Unis, au Japon, et pour d’autres puissances appartenant au « premier monde ». En 1990, les pays en développement d’Asie et du Moyen-Orient ne représentaient que 17% de la consommation mondiale d’énergie. En 2030 ce chiffre devrait atteindre 41%, indique l’étude, égalant celui des grandes puissances du premier monde.

Cette année, l’EIA prévoit que la Chine dépassera les États-Unis entre 2010 et 2014.

Les États-Unis devront faire face à une féroce concurrence chinoise dans cette lutte mondiale pour garantir un approvisionnement suffisant en énergie afin de répondre aux besoins nationaux.

Quelles en seront les conséquence ? En tant que leader mondial de la consommation d’énergie, Pékin jouera sans aucun doute jouer un rôle beaucoup plus critique dans la définition des prix et des politiques internationales énergétiques, contestant la place centrale qu’occupait depuis longtemps Washington. Il n’est donc pas difficile d’imaginer que les principaux producteurs de pétrole au Moyen-Orient et en Afrique trouveront dans leur intérêt d’approfondir les liens politiques et économiques avec la Chine au détriment des États-Unis. La Chine peut également s’attendre à entretenir des liens étroits avec des fournisseurs de pétrole comme l’Iran et le Soudan, sans se préoccuper du fait que cela entre en conflit avec les objectifs de la politique étrangère américaine.

[ publié par jeromet le 2009-06-17 21:18:05 ]

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