[ Energie et développement durable ]

Publié le vendredi 26 juin 2009

[ Vendredi 26 juin 2009 ]

Que veut au juste l'Alberta EED

 

Jean-Marie Bergeron

Le Droit

Depuis quelques décennies, l'Alberta est une des provinces canadiennes qui produit le plus de gaz à effet de serre (GES).

Déjà en 1990, avec trois fois moins de citoyens que l'Ontario, elle en émettait presqu'autant, soit 168 millions de tonnes par rapport à 184 (www.nrcan-rncan.gc.ca). Ceci représentait alors près de 30% des GES canadiens, une situation aberrante qui n'a fait que s'aggraver: elle produit actuellement 33% des GES du pays. Bref, elle pollue trois fois plus que son poids démographique devrait le justifier.

 

En fait, les élus albertains, de même que les différents lobbies d'exploitation de ressources non renouvelables au pays sont responsables de la descente aux enfers de l'image verte canadienne sur la scène internationale. Ce sont eux les vrais coupables du reniement de la signature canadienne du protocole de Kyoto, ce que l'ONU et l'Union européenne ne se gênent jamais de nous rappeler.

L'Alberta est maintenant une province assaillie de toutes parts afin qu'elle corrige son image environnementale «brune» et c'est pour cela qu'elle demande de l'aide. Et ça se comprend!

La solution des Bourses

Partout dans le monde industrialisé, des Bourses de carbone se créent pour réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2). Celle de l'Europe a déjà quelques années de maturité et son succès est à la base du leadership que les pays membres ont développé dans les technologies énergétiques utilisant les ressources renouvelables.

La Bourse de Chicago vient de naître et plusieurs provinces canadiennes s'apprêtent à y jouer un rôle majeur. Le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, veut instaurer un système de plafonnement et d'échanges («cap and trade») de droits d'émissions de carbone et se joindre ainsi au Québec, à la Colombie-Britannique et au Manitoba. Donc, c'est 79% de la population canadienne qui se dirige vers des politiques de plafonnement d'émissions de CO2 afin de les abaisser éventuellement.

Cette approche est le contraire de ce que les Albertains se proposent de faire: la province veut doubler la production pétrolière des sables bitumineux au cours de la prochaine décennie. Dans ce processus, la province viendra à produire 40% des émissions de GES du pays. L'Alberta commence donc à se sentir très seule à vouloir se développer sans aucune contrainte environnementale.

Si le marché du carbone américain fixe des prix ressemblant à ceux de l'Europe, chaque tonne excédentaire produite coûtera de 30 à 50dollars aux pollueurs. L'Alberta est déjà excédentaire de 75 millions de tonnes de GES par rapport au protocole de Kyoto, ce qui équivaut à un coût actuel de 225 à 375 millions de dollars par année. Et si la production double... Les actionnaires des six grandes compagnies polluantes veulent certainement garder cet argent dans leurs poches, d'où la demande d'aide actuelle.

Une solidarité conditionnelle

Si l'Alberta désire améliorer sa performance environnementale, il appartient à tous les Canadiens de l'aider.

Mais avant, il faut que la province adhère au protocole de Kyoto et rencontre ses objectifs particuliers. Elle doit également signer l'entente de la Western Climate Initiative, comme l'ont fait les quatre autres provinces canadiennes voulant réduire leurs GES. Enfin, elle doit commencer sans tarder à dépolluer les eaux contaminées par les opérations pétrolières, son legs le plus empoisonné aux générations futures.

Car peut-on laisser indéfiniment l'Alberta souiller 1 milliard de litres d'eau par jour pour produire du pétrole que les Canadiens n'utilisent même pas, tout en demandant aux mêmes Canadiens de payer pour la pollution ainsi engendrée? Ce serait une aberration, même si on n'en est pas à une près dans le domaine.

Les mauvaises nouvelles ne cessent de s'accumuler dans le dossier des émissions de GES du Canada. Le Commissaire canadien à l'environnement et au développement durable avisait dernièrement le Parlement que les estimations de réductions de GES étaient irréalistes et qu'Ottawa ne pouvait pas démontrer l'efficacité des mesures préconisées. Aussi, on apprenait la semaine passée qu'il faudrait attendre encore entre trois et six ans avant que les industries soient limitées dans leur production de GES.

Non seulement l'Alberta a besoin d'aide pour réduire ses GES, mais c'est tout le gouvernement canadien qui est dans une telle situation déplorable.

Que veut au juste l'Alberta?

Continuer à empocher les ristournes des sables bitumineux, donner des congés de taxes aux Albertains tout en demandant au reste du Canada de payer les coûts de la dépollution qu'elle a toujours refusé de faire? Ce n'est pas sérieux!

Malgré tout, le passé de mauvais élève environnemental de l'Alberta devrait inciter tous les Canadiens à vouloir l'aider, car manifestement, les impacts non résolus d'aujourd'hui retomberont demain sur les épaules de tout le monde. Mais l'Alberta du premier ministre Stelmach n'investit pas beaucoup dans la protection de l'environnement.

Cette attitude arrogante et irresponsable n'incite pas à l'entraide.

 

http://www.cyberpresse.ca/le-droit/mode-de-v ie/200906/09/01-873916-que-veut-au-juste-lal berta.php

[ publié par jeromet le 2009-06-26 08:09:52 ]

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