[ Energie et développement durable ]

Publié le mercredi 1 juillet 2009

[ Mercredi 1 juillet 2009 ]

Emplois verts demandés EED

Jean-Marie Bergeron

Le Droit

Selon un sondage de février dernier effectué par la maison Environics pour le Conseil des Canadiens, 93% des gens voudraient que le gouvernement fédéral investisse dans la création d'emplois verts reliés aux énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique. Ce n'est cependant pas la voie prise par le Canada. Le gouvernement Harper propage plutôt des faussetés en faisant croire que des investissements dans une économie verte feraient encore plus de chômeurs. La Californie est pourtant en train de démontrer le contraire. En se conformant au protocole de Kyoto d'ici 2020, cet État espère créer 100000 emplois en stimulant des programmes d'économie d'énergie et un million d'autres en appuyant les divers secteurs des énergies renouvelables. Parallèlement, la fermeture d'usines polluantes devrait faire disparaître 25000 postes. Faites vous-mêmes le calcul pour voir à quel point les gains dépassent les pertes liées à une telle décision!

 

De plus, la Conférence américaine des maires pense que 4.2 millions d'emplois verts pourraient être créés d'ici à 2030, si 40% de l'électricité américaine était produite avec l'éolien, le solaire ou la biomasse. L'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) croit que 10 millions d'emplois découleraient d'une gestion durable des forêts, dans les secteurs de la lutte contre les incendies, l'agrandissement des espaces verts urbains, l'amélioration des forêts dégradées et la plantation d'arbres. La Corée du Sud a déjà créé 350000 nouveaux emplois dans ces domaines et les États-Unis se dirigent vers de telles stratégies pour améliorer la santé de leurs forêts. Il faut également savoir que le secteur des énergies renouvelables emploie déjà 2.2 millions de personnes partout dans le monde, ce qui est autant que les emplois existants dans les secteurs pétrolier, gazier et charbonnier réunis. Il y a de la place pour 10 millions d'autres travailleurs dans la production de biocarburants d'ici 2030, 6.3 millions dans le solaire et 2 millions dans l'éolien.

Combien d'emplois de ce genre le Canada créera-t-il dans un avenir rapproché? Pas beaucoup si on se fie au peu d'engouement envers les nouvelles technologies touchant les ressources renouvelables. Il ne semble pas exister de ponts entre le désir des citoyens de se diriger vers de tels secteurs d'activités économiques et les gens d'affaires ou les élus gouvernementaux qui regardent ailleurs et ça, c'est une mauvaise nouvelle. Le Comité sectoriel de la main-d'oeuvre de l'environnement (CSMOE) croit que 70% des entreprises de ce secteur ouvriront de nouveaux postes jusqu'en 2010, soit une augmentation espérée de 27% de ce type d'emplois. Mais il faut que les gouvernements s'impliquent aussi car quelqu'un doit donner un signal clair pour que tous se dirigent dans la même direction. Tel n'est pas le cas: un classement récent des provinces canadiennes basé sur l'état de leur environnement (www.corporateknights.ca) place le Québec en queue de peloton et l'Ontario en tête de classe. Plus spécifiquement, c'est la Colombie-Britannique qui développe le plus rapidement son secteur d'emplois verts avec une représentation de 4.3% de sa main-d'oeuvre, suivie de l'Ontario avec 3.5%. Le Québec est avant-dernier avec 2.4%, tout juste avant le Manitoba et la Saskatchewan avec 2.3%. À ce rythme, le Canada ne sera pas dans la course très longtemps pour attirer ici les nouvelles industries axées sur le développement durable, comme les usines d'autos électriques, de biocarburants avec les produits forestiers, de biomasse urbaine ou agricole pour produire de l'énergie. Ce sont les autres pays qui vont créer ce type d'emplois très payants.

Laisser-aller

Cette situation de laisser-aller agit déjà en cascade dans notre société. Une de mes sources qui suit le secteur de l'emploi en environnement et qui y oeuvre dans notre région me mentionnait que depuis un an, seulement une douzaine d'offres d'emploi intéressantes ont paru dans ce secteur et que deux d'entre elles ont attiré entre 40 et 106 candidats. Cette rareté de bons emplois en environnement est un signe évident que quelque chose ne tourne pas rond dans le domaine.

L'absence d'emplois intéressants en environnement, autant en qualité qu'en quantité, finit par affecter le recrutement des jeunes dans les programmes de formation. C'est toute la région qui est pénalisée par ce manque d'intérêt. Ainsi, en 2007, le Collège universitaire d'Alfred ouvrait un programme en environnement qui n'a pas attiré beaucoup d'étudiants. À La Cité collégiale, en 2008, la première année du nouveau programme de foresterie n'a pas été très populaire. Un autre programme en environnement prévu pour 2009-2010 ne semble pas intéresser grand monde. Le CÉGEP de l'Outaouais n'offre aucun programme en développement durable, ni l'Université du Québec en Outaouais.

En subventionnant uniquement les industries polluantes de l'auto et de l'énergie, le gouvernement fédéral laisse donc les futurs emplois payants du développement durable aux travailleurs des autres nations, comme si les gens d'ici n'avaient aucune importance. Il me semble que l'on mérite mieux que cela!

http://www.cyberpresse.ca/le-droit/mode-de-vie/200905/26/01-859994-emplois-verts-demandes.php

[ publié par jeromet le 2009-07-01 13:40:47 ]

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