[ Energie et développement durable ]

Publié le mardi 10 mars 2009

[ Mardi 10 mars 2009 ]

Notre gouvernement est devenu un serviteur du pétrole EED

Les tares du Klondike albertain

Manon Cornellier

En dépit de ce que soutiennent Harper et Ignatieff, les retombées de l'exploitation des sables bitumineux ne sont pas partagées

 

 

Robin Boadway pense que l'ensemble du pays ne profite pas tant que ça de l'exploitation des sables bitumineux. En fait, certaines provinces en subissent même certains effets pervers. Le gros des revenus est concentré en Alberta, tout comme les investissements. «Ceux-ci sont si importants qu'ils drainent vers l'Alberta de la main-d'oeuvre et des capitaux en provenance du reste du pays. En plus, les revenus en provenance de l'industrie pétrolière et gazière ont poussé à la hausse la valeur du dollar, ce qui a causé beaucoup de difficultés au secteur manufacturier du Québec et de l'Ontario.»

La situation serait différente si l'Alberta investissait ces revenus dans un fonds protégé, comme le fait la Norvège, dit-il. Cette dernière verse 90 % de ses revenus en provenance des champs pétroliers dans un fonds pour les générations futures. L'argent est investi à l'étranger pour prévenir une trop forte hausse de sa monnaie, ce qui protège du même coup ses autres secteurs industriels.

Une autre raison explique que le Canada ne profite pas autant qu'il le pourrait de cette ressource. Une bonne partie est exportée aux États-Unis à l'état brut. Le raffinage, avec les emplois qui s'ensuivent, est fait chez nos voisins. Mais en plus, ce sont eux qui engrangent le gros des profits, car le bitume a beaucoup moins de valeur que l'essence ou le carburant d'avion. «On fait ce que les Canadiens ont toujours fait. On prend une ressource et on la vend au sud de la frontière au plus bas prix possible», dit Andrew Nikiforuk.

Le modèle actuel de développement des sables bitumineux pose d'autres problèmes qui concernent le reste du pays. Leur exploitation exige des quantités faramineuses d'eau et c'est tout le bassin versant de la rivière Mackenzie, le troisième en importance au monde, qui peut être affecté, ce qui inquiète déjà les autorités des Territoires du Nord-Ouest, relève M. Nikiforuk.

Plus critique pour le reste du Canada, y compris le Québec, est la question de la sécurité énergétique future du pays, et ce, pour deux raisons. Cette industrie utilise beaucoup de gaz naturel pour produire le bitume et l'essentiel de ce dernier prend la route des États-Unis. En fait, le Canada est déjà le premier fournisseur de pétrole de nos voisins.

Ce dernier point n'est pas sans conséquences. Actuellement, les Maritimes et le Québec importent la presque totalité du pétrole qu'ils utilisent. Pendant ce temps, une bonne partie du pétrole canadien est exportée aux États-Unis. En vertu de l'Accord de libre-échange nord-américain, le Canada ne peut, en temps de crise, fermer les vannes vers le sud pour approvisionner son propre marché. Il est tenu de maintenir un certain niveau d'approvisionnement vers les États-Unis. Plus la proportion de pétrole exportée avant la crise sera grande, plus grande devra être la proportion exportée durant celle-ci. L'exploitation des sables bitumineux sert actuellement à assurer la sécurité énergétique américaine et non pas canadienne.

De plus, pour assurer cette production de pétrole à haute teneur en carbone, l'industrie utilise une autre ressource, le gaz naturel, pourtant beaucoup plus propre. L'extraction du bitume accapare chaque année 5 % du gaz naturel au Canada, a découvert Andrew Nikiforuk. Chaque jour, elle brûle assez de gaz pour garder au chaud la population de tout un État américain comme le Colorado. Les dépenses des entreprises pour ce gaz sont déductibles d'impôt, note M. Nikiforuk. Selon lui, tant que cela perdurera, les entreprises n'auront aucune raison de préserver cette ressource.

Andrew Nikiforuk pense que cette pause sera de courte durée, mais il espère qu'on saura en profiter pour faire le débat public qu'on a toujours escamoté. «Ce dont le Canada a besoin est d'une vision sur au moins 30 ans, une vision où le pays contrôlerait le rythme et l'ampleur du développement de la ressource, reconnaîtrait la nécessité de se défaire de notre dépendance à cette source d'énergie, prévoirait allouer une part de la richesse produite à la transition vers une économie plus verte.» Il voudrait aussi que le Canada se dote d'un fonds similaire à celui de la Norvège et qu'on sache où va l'argent récolté par Ottawa.

Actuellement, on a plutôt, dit-il, un gouvernement fédéral «paralysé» devant ces projets lucratifs. «Les sables bitumineux expliquent pourquoi nous n'avons pas de stratégie adéquate de lutte contre les changements climatiques, de véritable programme de développement des énergies renouvelables, de stratégie pour les ressources aquatiques.»

De sa longue enquête, Andrew Nikiforuk conclut que le Canada est devenu un État pétrolier et qu'il répète les erreurs de ces derniers. «Nous n'économisons pas. Il y a peu de transparence sur l'utilisation des fonds. Nous n'avons aucun plan pour l'avenir. [...] Notre gouvernement est devenu un serviteur du pétrole.»

http://www.ledevoir.com/2009/03/07/237773.html

Commentaires

Roger Lapointe

La moindre critique négative ,surtout si elle vient de l'Est du pays, est aussitôt décriée avec toute la hargne dont les Westerners sont capables. Les Albertains et nous tous avec, auront à payer très cher tous ces accrocs à la nature et spécialement l'eau potable qui est déja et de plus en plus la grande victime de ces violations irréparables à la nature.Nous avons perdu tout respect dû à notre Terre-Mère comme l'appelle si justement les peuples autochtones.

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[ publié par jeromet le 2009-03-10 07:36:57 ]

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