EXTRAIT
L’épuisement des réserves (fantômes)
Aucune statistique concernant les réserves n’a pu être contrôlée par des experts indépendants. Le rapport 2004 de l’AIE, porte-parole des pays riches de l’OCDE, cite différentes méthodes de calculs qui aboutissent au même ordre de grandeur en termes de nombre d’années pendant lesquelles les réserves seront suffisantes : entre 36 ans selon World Oil et 44 ans selon Oil & Gas Journal. C’est d’ailleurs le regroupement de ces deux méthodes qui a conduit à la fameuse phrase, largement reprise et débattue dans les médias : « Il nous reste 40 ans de pétrole ». Les estimations de ces réserves vont de 1 051 milliards de barils selon Word Oil à 1 266 milliards de barils selon Oil & Gas Journal.
Cependant, on peut noter que sur les 97 pays retenus par Oil & Gas Journal pour évaluer le montant global des réserves, 38 n’ont pas modifié le niveau de leurs propres réserves depuis 1998 et 13 ont laissé ce dernier inchangé depuis 1993 alors qu’ils ont continué à produire. On peut prendre l’exemple du Koweït, dont les réserves sont restées fixées à 94 milliards de barils entre 1991 et 2002 en dépit d’une production de 8 millions de barils par jour et de l’absence de découvertes importantes pendant cette période.
Finalement, le seul facteur fiable pour savoir si on se situe au début, au milieu ou la fin de l’histoire du pétrole reste le facteur géographique. Une nouvelle fois, un absent des débats. Où exploite-t-on du pétrole aujourd’hui ? Jusqu’en mer très profonde. Pourquoi ? Parce que les gisements en mer très profonde, bien que très coûteux, sont des meilleurs gisements ? Non. Tout simplement parce que avant les gisements en mer très profondes, on a déjà exploité les gisements en mer profonde, et encore avant en mer peu profonde, et bien encore avant sur terre (on shore). Les gisements sont donc de plus en plus difficiles d’accès car les autres, plus faciles, ont souvent déjà été exploités. Cette explication met fin au rêve de trouver le « super gisement », « super rentable » et « super facile d’accès » avec un pétrole qui ne demande qu’à jaillir et qui permettrait d’assurer des réserves pour au moins un siècle. Ce type de gisement s’il a existé a déjà été trouvé il y a bien longtemps.
Les nouveaux gisements sont difficiles d’accès avec un pétrole souvent de mauvaises qualités. Beaucoup de pays africains et sud-américains ont une production de pétrole tirée pour moitié de gisements en mer très profonde. On peut affirmer de manière quasi certaine que ces pays utilisent leurs derniers gisements et ne produiront donc plus de pétrole dans 20 ans. Une seule question reste en suspens : Où va-t-on exploiter des gisements après les gisements en mer très profondes ? Actuellement, les compagnies pétrolières prospectent en Arctique, et après ça ? Sur la lune ?
La stratégie des compagnies pétrolières : « tricher plus pour gagner plus »
En résumé, les compagnies pétrolières ont donc intérêt à former une coalition entre elles. Car si les compagnies décidaient de se mettre en concurrence, elles devraient, premièrement, surenchérir sur la valeur du gisement pour l’obtenir et deuxièmement, en dévoilant les réelles caractéristiques du gisement (coût d’extraction, qualité du pétrole…), payer un impôt et une redevance plus élevés à l’État producteur, à des montants supérieurs à ceux que devrait verser une compagnie qui fournit de fausses données. En concurrence plus forte, les compagnies verseraient aux pays propriétaires des champs pétrolifères (en particulier ceux possédant les prospects les plus fertiles) plus de fonds qu’il ne leur est nécessaire en fait. Il faut être bien naïf pour croire au désir des compagnies de s’engager dans une compétition aussi néfaste pour elles. Dans le contexte actuel, la stratégie de collusion entre les compagnies est de mise.
> Pour en savoir + : "Un baril de pétrole contre 100 mensonges" de Thomas Porcher aux éditions Respublica - mars 2009
Par Thomas Porcher, 32 ans, docteur en économie, consultant international et enseignant à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne et Paris V René Descartes. Spécialisé en stratégies pétrolières, il a travaillé pour le compte de l'Union européenne, de gouvernements et de sociétés pétrolières. Dans son livre "Un baril de pétrole contre 100 mensonges", qui parait aujourd'hui aux éditions Respublica, Thomas Porcher met à jour la stratégie de l'Opep, visant à épuiser les réserves des autres pays producteurs de pétrole afin de bénéficier d'un monopole et révèle le contenu des contrats pétroliers et la réalité sordide des relations entre compagnies pétrolières et pays producteurs. Extraits…
http://www.enviro2b.com/environnement-actuali te-developpement-durable/28530/article.html
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