[ Energie et développement durable ]

Publié le jeudi 2 avril 2009

[ Jeudi 2 avril 2009 ]

Crédits d'impôt ; Québec mise sur le mauvais cheval EED

Crédits d'impôt pour remplacer les voitures conventionnelles - Québec mise sur le mauvais cheval

Louis-Gilles Francoeur

 

Les incitatifs sont plus importants pour des voitures plus coûteuses pour la société et qui ne seront d'ailleurs pas disponibles avant plusieurs années

 

Le dernier budget du Québec accorde des crédits d'impôt remboursables plus importants aux automobiles tout électriques qu'aux hybrides rechargeables de performance à peu près comparable, contrairement aux conclusions récentes de chercheurs et de rapports à la fine pointe de la réflexion sur ces questions, notamment celui d'une commission scientifique, remis à l'Élysée en décembre.

Le détail du budget révèle en effet que Québec accordera un crédit d'impôt remboursable de 2000 $ pour une voiture hybride conventionnelle dont la consommation moyenne se situera entre 3 et 5,27 litres aux 100 kilomètres. Cette subvention passera à 3000 $ seulement pour une hybride rechargeable, qui consommera encore moins, comparativement à 8000 $ pour une voiture tout électrique, non disponible ici avant des années.

Au Québec, précise le physicien Pierre Langlois, auteur de Rouler sans pétrole, 85 % des déplacements urbains ne dépassent pas 65 kilomètres par jour, soit la distance qu'une hybride rechargeable peut faire en motorisation électrique, exactement comme une voiture tout électrique. Les hybrides rechargeables seront disponibles au Québec dès 2010 ou 2011 avec la Volt de GM et la nouvelle Prius de Toyota.

La discrimination est encore plus flagrante, explique le physicien Langlois, dans le cas du crédit d'impôt de 4000 $ que Québec accorde à une tout-électrique à basse vitesse, comme la Zenn. Son autonomie plafonne autour de 60 kilomètres, soit exactement le rayon d'action d'une hybride rechargeable à laquelle on accorde seulement 3000 $. L'hybride branchable, par contre, ajoute le physicien, ne tombe pas en panne parce que sa génératrice peut l'alimenter partout et, comme elle peut utiliser les autoroutes et franchir de longues distances sans recharge, cela élimine la nécessité d'acheter une deuxième voiture conventionnelle.

De plus, la stratégie de Québec ne tient pas compte de ces citoyens qui voudraient se doter de moyens de transport personnels encore plus petits et tout aussi éconergétiques, comme les motos et les scooters, ce qu'on encourage ailleurs dans le monde parce que ces véhicules sont déjà disponibles, y compris en version tout électrique, ce qui n'est pas le cas ici des voitures capables de vitesses d'autoroute.

En effet, les crédits d'impôt du dernier budget ne s'appliquent en réalité qu'aux automobiles, à l'exclusion des véhicules à deux roues. Pourtant, les rendements énergétiques de plusieurs motos et scooters sont équivalents ou supérieurs à ceux des automobiles électriques ou hybrides dont Québec veut stimuler l'achat. Motos et scooters, à combustion ou tout électriques, occupent en moyenne six fois moins de place dans le tissu urbain que les automobiles en plus d'exiger généralement moins d'essence et d'électricité, selon les cas.

Le dernier budget du président Obama de la mi-février accorde d'ailleurs aux motos et scooters la même subvention de 2500 $US qu'aux automobiles hybrides ou tout électriques à condition que leur consommation se situe dans la fourchette de performance recherchée par le gouvernement.

Selon la commission scientifique française et le physicien Langlois, une hybride rechargeable n'impose pas à la société le coût d'un réseau de recharge qu'exigent les tout-électriques, une facture de quelques milliards, souvent refilée à l'ensemble de la population. Les hybrides rechargeables, ajoute-t-il, en plus de réduire de 85 à 90 % la consommation moyenne de pétrole de leurs propriétaires chaque semaine, ne s'immobilisent pas sur place quand leurs batteries sont déchargées, car la génératrice de bord prend la relève, ce qui leur confère la même autonomie qu'une voiture conventionnelle.

En cas de panne d'électricité, les automobiles tout électriques sont rapidement paralysées, dit-il, alors que les hybrides rechargeables peuvent être utilisées pour électrifier une maison et, à la limite, sauver des vies en demeurant fonctionnelles sur la route. De plus, ajoute le physicien, le volume et le prix des batteries des hybrides rechargeables est de beaucoup inférieur à celui des tout-électriques, ce qui les rend plus accessibles et réduit beaucoup la quantité de déchets toxiques qu'il faudra un jour éliminer.

***

Crédits d'impôt

- hybride conventionnnelle:

2000 $

- hybride rechargeable:

3000 $

- tout électrique:

8000 $

http://www.ledevoir.com/2009/03/27/242002.html?fe=6486&fp=400691&fr=140300

[ publié par jeromet le 2009-04-02 23:22:38 ]

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