[ Energie et développement durable ]

Publié le jeudi 23 avril 2009

[ Jeudi 23 avril 2009 ]

Cacophonie sous-marine EED

Louis-Gilles Francoeur




Un nouveau mal envahit les mers, affectant  grands mammifères et poissons: la pollution  sonore

Une baleine franche se prépare à plonger. Le  «brouillard sonore» qui envahit les mers  affecte le système de communication des  grands mammifères marins, les désoriente et  les amène à changer leurs comportements.

Photo: Agence Reuters
Au début de décembre, à Rome, gouvernements,  écologistes et animalistes ont amorcé un  premier grand débat international sur un mal  qui envahit les mers: la pollution sonore.  C'est d'ailleurs un problème auquel le Québec  et le Canada participent, en raison de la  prospection pour le gaz et le pétrole dans le  fleuve, notamment, et en raison de  l'accroissement du nombre de navires et de  l'absence de normes sur le bruit émis par les  moteurs et la cavitation des hélices de  navires de plus en plus gros et puissants.

Plusieurs autres phénomènes contribuent à ce  problème qui affecte surtout les grands  mammifères marins dont le milieu est  désormais pollué par tous ces sons, ce que  les spécialistes commencent à appeler le  brouillard ou «smog» marin. En effet, les  sonars militaires émettent des sons à de très  basses fréquences, souvent utilisées ou  proches de celles utilisées par les grands  mammifères. Le nombre d'enquêtes sismiques  par les multinationales du pétrole et du gaz  se multiplie à la recherche de nouveaux  gisements.

Selon les spécialistes, la cacophonie qui  résulte de tous ces sons aggrave les menaces  qui pèsent présentement sur ces espèces parce  qu'elles utilisent elles aussi des sons à  basse fréquence pour communiquer entre elles  souvent sur des centaines de kilomètres, pour  identifier des sources de nourriture et  retrouver leurs partenaires. La fréquence et  l'intensité de cette pollution sonore  modifient les comportements des grands  mammifères. Certains délaissent  d'intéressants sites d'alimentation ou  d'élevage de leur progéniture. La fréquence  de leurs appels ainsi que leur langage  changent, car ils essaient de nouveaux modes  de communication sans nécessairement réussir.  L'intensité de certains sonars militaires  aurait tout simplement tué des hardes de  grands mammifères, soupçonnent certains  chercheurs, alors que pour d'autres, ces sons  brouillent tellement leur environnement  qu'ils arrivent de moins en moins à  identifier leurs prédateurs, ce qui serait  aussi le cas de plusieurs espèces de  poissons.

La recherche se porte d'ailleurs dans ce  domaine désormais du côté des poissons, qui  semblent eux aussi tout autant affectés que  les mammifères.

La distance de communication des baleines  bleues aurait ainsi été réduite de 90 %, ce  qui n'est pas étranger au fait que les bruits  dans les océans ont doublé tous les dix ans  depuis 40 ans. Et la taille des navires  devrait doubler d'ici 2025 après avoir doublé  entre 1965 et maintenant. Quant aux canons à  air utilisés dans les relevés sismiques, ils  peuvent atteindre le niveau hallucinant de  259 décibels et peuvent se répéter aux dix  secondes. Certains de ces sons ont été  enregistrés à 3000 km de leur point  d'origine. Dans le monde, plus de 90 navires  sismiques sont en opération en moyenne chaque  jour de l'année. Quant aux militaires et  navigateurs, ils utilisent 300 systèmes de  sonars capables de produire des sons de 235  décibels. Des échosondeurs sont aussi  utilisés sur des millions de petites  embarcations de pêche et de plaisance dans le  monde.

L'acidification des océans

Mais une nouvelle a pris tout le monde par  surprise. Elle provenait d'une étude revue  par le Groupe intergouvernemental d'experts  sur le climat (GIEC). On y apprend que  l'acidification croissante des océans, qui  résulte de sa capacité d'absorber le CO2  atmosphérique en concentration croissante,  aide certainement la planète par rapport au  réchauffement climatique, mais aggrave la  pollution sonore des océans.

L'étude en question, signée par des  chercheurs du Monterey Bay Aquarium Research  Institute, démontre en effet que  l'acidification des mers augmente leur  capacité d'absorber les sons à basse  fréquence d'environ 10 % par rapport aux  niveaux préindustriels. Cela signifie que les  sons émis par certains grands mammifères  marins ont une portée fortement réduite. Dans  les zones bruyantes, les épaulards émettent  des appels plus longs qu'ailleurs, un signe  qu'ils luttent contre cette pollution. Par  contre, localement, la fréquence et  l'intensité des sons pénètrent de plus en  plus profondément les mers et océans,  repoussant souvent les poissons et mammifères  à des profondeurs de plus en plus dangereuses  pour eux.

Le directeur scientifique de la Whale and  Dolphin Conservation Society, Mark Simmonds,  a expliqué de son côté aux participants de la  rencontre de Rome que le «brouillard  acoustique» créé par les sons des activités  humaines en mer peut désormais être relié à  des échouages massifs de mammifères, en  particulier dans le cas des baleines à bec  qui plongent à de grandes profondeurs. Des  traces d'embolies et de détérioration des  tissus, dit-il, ont été notées chez des  mammifères qui semblent avoir plongé trop  profondément pour échapper au smog sonore,  développant les mêmes symptômes que l'on  retrouve chez les plongeurs humains affectés  par un trop grand changement de pression.

Les chercheurs voient aussi poindre une autre  menace dans les mers arctiques, qui seront  soumises avec la fonte de la calotte polaire  à des passages de plus en plus fréquents de  navires de transport ou de pêche, à des  activités de prospection gazière et  pétrolière et à la présence accrue de navires  militaires.

Si tout le monde convient qu'une attaque  concertée contre le problème des changements  climatiques est la seule solution à moyen et  long terme contre l'acidification des mers, à  court terme, il faut rapidement protéger  d'importantes zones maritimes, en particulier  dans l'Arctique, pour assurer la survie de ce  patrimoine génétique mondial, en plus  d'édicter des normes pour rendre plus  silencieux les navires et les activités de  prospection.

Reste à savoir comment. Faut-il compléter le  traité international sur la mer par un  protocole sur le contrôle du bruit? Faut-il  un traité distinct? Maintenant que le  problème est posé, il faut souhaiter que ces  réponses arrivent avant que le problème ait  eu des impacts irréversibles, comme on l'a  souvent vu dans d'autres dossiers.

n Lecture: Habiter en milieu naturel, par  Claude Phaneuf, préface d'Édith Smeesters,  Éditions Multimondes, 183 pages. Voilà un  livre qui intéressera les villégiateurs  québécois, qu'il aidera à s'intégrer  harmonieusement dans un milieu de moins en  moins naturel en raison d'interventions  humaines à courte vue. Ce biologiste  d'expérience y traite de fosses septiques,  d'entretien des rives, de la végétation  envahissante, etc.


Commentaires

Êtres humains contemporains : Baises la  piastre/apprentis sorciers

Jacques Laurin

Il existe environ 300 systèmes de sonars  navals qui se promènent dans les océans du  monde. 235 décibels, c'est un milliard de  fois plus intense que les 145 décibels dits «  sécuritaires » pour les êtres humains.
145db est déjà une expérience excessivement  douloureuse, 235db est inimaginable. Il est  probable que toute forme de vie qui se trouve  à l'intérieur de quelques kilomètres de ces «  ping » sonores devienne totalement sourde  sinon meure sur le coup.
Nous avons encore de la difficulté à faire  accepter les sources de pollution «  traditionnelles » et sommes encore loin de  gestes concrets pour les enrayer.  Particulièrement depuis l'ère industrielle,  la pollution auditive, olfactive,  gustative... bref la pollution des sens a de  plus en plus raison de la qualité de vie sur  terre.
Puisque nous parlons de « qualité de vie »  sans trop souvent savoir ce que ce mot  englobe, nous nous permettons d'en inclure la  définition qu'en donne Stephen Boyden,  anthropologue Australien, et à laquelle nous  adhérons entièrement.

According to the principle of evodeviation,  when animals are exposed to life conditions  which differ from those to which their  species is genetically adapted through  evolution, signs of phylogenetic  maladaptation are likely to be manifest. The  hypothesis was put forward that, in the case  of the human species, the principle of  evodeviation applies not only to the physical  or material aspects of life conditions, but  also to less tangible behavioral and  psycho-social aspects. It follows, assuming  this hypothesis to be correct, that  consideration both of the material and of the  behavioral and psycho-social aspects of life  conditions of primeval people could provide  important clues to the nature of the  biologically determined or universal health  needs of the human species.

Life conditions conducive to health in Homo  sapiens
- Clean air (i.e."paleolithic air"- not  contaminated with hydrocarbons, sulphur  oxides, lead, etc.)
- Environmental temperatures within the range  of those experienced in the 'natural habitat'  ("habitat with the characteristics of those  inhabited by human beings in phase one  societies")
- Exposure to visible light (duration and  intensity) within the range of that  experienced in the natural habitat
- Noise levels within the range of those  experienced in the natural human habitat
- Diet :
- Calorie intake neither less nor more than  metabolic requirements. Social norms which  allow the individual to eat when hungry, but  which do not encourage overconsumption of  calories in response to ritual, habit, or,  for example, boredom
- Foodstuffs providing the full range of  nutritional requirements for the human  organism. In the primeval situation this is  usually provided by a diverse range of  different foodstuffs of plant origin and some  lean meat (cooked)
- A diet which is balanced in the sense that  it does not contain an excess of any  particular kind of chemical constituent or  class of foodstuff
- Foodstuffs with a physical consistency of  that of natural foods containing fiber
- Foodstuffs devoid of potentially noxious  contaminants or additives
- Clean water - free of contamination with  chemicals or pathogenic microorganisms
- Minimal contact with microbial or metazoal  parasites and pathogens
- An effective emotional support network  providing a framework for spontaneous  care-eliciting, care-receiving and  care-giving behavior
- Frequent interaction on a daily basis with  members of the extended family and in-group  on matters of mutual interest and concern
- Opportunities and incentives for  small-group interaction on projects of mutual  interest and concern
- A social environment which confers  responsibilities and obligations on the  individual toward the in-group
- Opportunities for the individual to move  spontaneously and freely from one small group  to another, and to and from a state of  solitude
- Levels of sensory stimulation which are  neither much less nor much greater than those  of the natural habitat
- A pattern of physical work which involves  some short periods of vigorous muscular work  and longer periods of medium muscular work,  but also frequent periods of rest
- A polyphasic sleeping pattern, and the  opportunity to rest or sleep in response to  the urge to do so
- Opportunities and incentives for the  learning and practice of manual skills and  for creative behavior in general
- Opportunities and incentives for active  involvement in recreational activities
- An environment which has high interest  value and in which changes of interest to the  individual are continually occurring (and at  a rate which can easily be handled by the  human psyche)
- Opportunities for considerable spontaneity  in behavior
- Considerable variety in daily experience
- Short goal-achievement cycles
- Aspirations of a kind likely to be  fulfilled
- An environment and lifestyle which are  conducive to a reasonable degree of:
- a sense of personal involvement
- a sense of purpose
- a sense of belonging
- a sense of responsibility
- a sense of interest
- a sense of excitement
- a sense of challenge
- a sense of satisfaction
- a sense of comradeship and love
- a sense of enjoyment
- a sense of confidence
- a sense of security

Comment trouvez-vous votre qualité de vie ?

http://www.ledevoir.com/2009/03/20/240669.htm l

[ publié par jeromet le 2009-04-23 09:34:49 ]

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