Cacophonie sous-marine EED
Louis-Gilles Francoeur
Un nouveau mal envahit les mers, affectant grands mammifères et poissons: la pollution sonore
Une baleine franche se prépare à plonger. Le «brouillard sonore» qui envahit les mers affecte le système de communication des grands mammifères marins, les désoriente et les amène à changer leurs comportements.
Photo: Agence Reuters
Au début de décembre, à Rome, gouvernements, écologistes et animalistes ont amorcé un premier grand débat international sur un mal qui envahit les mers: la pollution sonore. C'est d'ailleurs un problème auquel le Québec et le Canada participent, en raison de la prospection pour le gaz et le pétrole dans le fleuve, notamment, et en raison de l'accroissement du nombre de navires et de l'absence de normes sur le bruit émis par les moteurs et la cavitation des hélices de navires de plus en plus gros et puissants.
Plusieurs autres phénomènes contribuent à ce problème qui affecte surtout les grands mammifères marins dont le milieu est désormais pollué par tous ces sons, ce que les spécialistes commencent à appeler le brouillard ou «smog» marin. En effet, les sonars militaires émettent des sons à de très basses fréquences, souvent utilisées ou proches de celles utilisées par les grands mammifères. Le nombre d'enquêtes sismiques par les multinationales du pétrole et du gaz se multiplie à la recherche de nouveaux gisements.
Selon les spécialistes, la cacophonie qui résulte de tous ces sons aggrave les menaces qui pèsent présentement sur ces espèces parce qu'elles utilisent elles aussi des sons à basse fréquence pour communiquer entre elles souvent sur des centaines de kilomètres, pour identifier des sources de nourriture et retrouver leurs partenaires. La fréquence et l'intensité de cette pollution sonore modifient les comportements des grands mammifères. Certains délaissent d'intéressants sites d'alimentation ou d'élevage de leur progéniture. La fréquence de leurs appels ainsi que leur langage changent, car ils essaient de nouveaux modes de communication sans nécessairement réussir. L'intensité de certains sonars militaires aurait tout simplement tué des hardes de grands mammifères, soupçonnent certains chercheurs, alors que pour d'autres, ces sons brouillent tellement leur environnement qu'ils arrivent de moins en moins à identifier leurs prédateurs, ce qui serait aussi le cas de plusieurs espèces de poissons.
La recherche se porte d'ailleurs dans ce domaine désormais du côté des poissons, qui semblent eux aussi tout autant affectés que les mammifères.
La distance de communication des baleines bleues aurait ainsi été réduite de 90 %, ce qui n'est pas étranger au fait que les bruits dans les océans ont doublé tous les dix ans depuis 40 ans. Et la taille des navires devrait doubler d'ici 2025 après avoir doublé entre 1965 et maintenant. Quant aux canons à air utilisés dans les relevés sismiques, ils peuvent atteindre le niveau hallucinant de 259 décibels et peuvent se répéter aux dix secondes. Certains de ces sons ont été enregistrés à 3000 km de leur point d'origine. Dans le monde, plus de 90 navires sismiques sont en opération en moyenne chaque jour de l'année. Quant aux militaires et navigateurs, ils utilisent 300 systèmes de sonars capables de produire des sons de 235 décibels. Des échosondeurs sont aussi utilisés sur des millions de petites embarcations de pêche et de plaisance dans le monde.
L'acidification des océans
Mais une nouvelle a pris tout le monde par surprise. Elle provenait d'une étude revue par le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC). On y apprend que l'acidification croissante des océans, qui résulte de sa capacité d'absorber le CO2 atmosphérique en concentration croissante, aide certainement la planète par rapport au réchauffement climatique, mais aggrave la pollution sonore des océans.
L'étude en question, signée par des chercheurs du Monterey Bay Aquarium Research Institute, démontre en effet que l'acidification des mers augmente leur capacité d'absorber les sons à basse fréquence d'environ 10 % par rapport aux niveaux préindustriels. Cela signifie que les sons émis par certains grands mammifères marins ont une portée fortement réduite. Dans les zones bruyantes, les épaulards émettent des appels plus longs qu'ailleurs, un signe qu'ils luttent contre cette pollution. Par contre, localement, la fréquence et l'intensité des sons pénètrent de plus en plus profondément les mers et océans, repoussant souvent les poissons et mammifères à des profondeurs de plus en plus dangereuses pour eux.
Le directeur scientifique de la Whale and Dolphin Conservation Society, Mark Simmonds, a expliqué de son côté aux participants de la rencontre de Rome que le «brouillard acoustique» créé par les sons des activités humaines en mer peut désormais être relié à des échouages massifs de mammifères, en particulier dans le cas des baleines à bec qui plongent à de grandes profondeurs. Des traces d'embolies et de détérioration des tissus, dit-il, ont été notées chez des mammifères qui semblent avoir plongé trop profondément pour échapper au smog sonore, développant les mêmes symptômes que l'on retrouve chez les plongeurs humains affectés par un trop grand changement de pression.
Les chercheurs voient aussi poindre une autre menace dans les mers arctiques, qui seront soumises avec la fonte de la calotte polaire à des passages de plus en plus fréquents de navires de transport ou de pêche, à des activités de prospection gazière et pétrolière et à la présence accrue de navires militaires.
Si tout le monde convient qu'une attaque concertée contre le problème des changements climatiques est la seule solution à moyen et long terme contre l'acidification des mers, à court terme, il faut rapidement protéger d'importantes zones maritimes, en particulier dans l'Arctique, pour assurer la survie de ce patrimoine génétique mondial, en plus d'édicter des normes pour rendre plus silencieux les navires et les activités de prospection.
Reste à savoir comment. Faut-il compléter le traité international sur la mer par un protocole sur le contrôle du bruit? Faut-il un traité distinct? Maintenant que le problème est posé, il faut souhaiter que ces réponses arrivent avant que le problème ait eu des impacts irréversibles, comme on l'a souvent vu dans d'autres dossiers.
n Lecture: Habiter en milieu naturel, par Claude Phaneuf, préface d'Édith Smeesters, Éditions Multimondes, 183 pages. Voilà un livre qui intéressera les villégiateurs québécois, qu'il aidera à s'intégrer harmonieusement dans un milieu de moins en moins naturel en raison d'interventions humaines à courte vue. Ce biologiste d'expérience y traite de fosses septiques, d'entretien des rives, de la végétation envahissante, etc.
Commentaires
Êtres humains contemporains : Baises la piastre/apprentis sorciers
Jacques Laurin
Il existe environ 300 systèmes de sonars navals qui se promènent dans les océans du monde. 235 décibels, c'est un milliard de fois plus intense que les 145 décibels dits « sécuritaires » pour les êtres humains.
145db est déjà une expérience excessivement douloureuse, 235db est inimaginable. Il est probable que toute forme de vie qui se trouve à l'intérieur de quelques kilomètres de ces « ping » sonores devienne totalement sourde sinon meure sur le coup.
Nous avons encore de la difficulté à faire accepter les sources de pollution « traditionnelles » et sommes encore loin de gestes concrets pour les enrayer. Particulièrement depuis l'ère industrielle, la pollution auditive, olfactive, gustative... bref la pollution des sens a de plus en plus raison de la qualité de vie sur terre.
Puisque nous parlons de « qualité de vie » sans trop souvent savoir ce que ce mot englobe, nous nous permettons d'en inclure la définition qu'en donne Stephen Boyden, anthropologue Australien, et à laquelle nous adhérons entièrement.
According to the principle of evodeviation, when animals are exposed to life conditions which differ from those to which their species is genetically adapted through evolution, signs of phylogenetic maladaptation are likely to be manifest. The hypothesis was put forward that, in the case of the human species, the principle of evodeviation applies not only to the physical or material aspects of life conditions, but also to less tangible behavioral and psycho-social aspects. It follows, assuming this hypothesis to be correct, that consideration both of the material and of the behavioral and psycho-social aspects of life conditions of primeval people could provide important clues to the nature of the biologically determined or universal health needs of the human species.
Life conditions conducive to health in Homo sapiens
- Clean air (i.e."paleolithic air"- not contaminated with hydrocarbons, sulphur oxides, lead, etc.)
- Environmental temperatures within the range of those experienced in the 'natural habitat' ("habitat with the characteristics of those inhabited by human beings in phase one societies")
- Exposure to visible light (duration and intensity) within the range of that experienced in the natural habitat
- Noise levels within the range of those experienced in the natural human habitat
- Diet :
- Calorie intake neither less nor more than metabolic requirements. Social norms which allow the individual to eat when hungry, but which do not encourage overconsumption of calories in response to ritual, habit, or, for example, boredom
- Foodstuffs providing the full range of nutritional requirements for the human organism. In the primeval situation this is usually provided by a diverse range of different foodstuffs of plant origin and some lean meat (cooked)
- A diet which is balanced in the sense that it does not contain an excess of any particular kind of chemical constituent or class of foodstuff
- Foodstuffs with a physical consistency of that of natural foods containing fiber
- Foodstuffs devoid of potentially noxious contaminants or additives
- Clean water - free of contamination with chemicals or pathogenic microorganisms
- Minimal contact with microbial or metazoal parasites and pathogens
- An effective emotional support network providing a framework for spontaneous care-eliciting, care-receiving and care-giving behavior
- Frequent interaction on a daily basis with members of the extended family and in-group on matters of mutual interest and concern
- Opportunities and incentives for small-group interaction on projects of mutual interest and concern
- A social environment which confers responsibilities and obligations on the individual toward the in-group
- Opportunities for the individual to move spontaneously and freely from one small group to another, and to and from a state of solitude
- Levels of sensory stimulation which are neither much less nor much greater than those of the natural habitat
- A pattern of physical work which involves some short periods of vigorous muscular work and longer periods of medium muscular work, but also frequent periods of rest
- A polyphasic sleeping pattern, and the opportunity to rest or sleep in response to the urge to do so
- Opportunities and incentives for the learning and practice of manual skills and for creative behavior in general
- Opportunities and incentives for active involvement in recreational activities
- An environment which has high interest value and in which changes of interest to the individual are continually occurring (and at a rate which can easily be handled by the human psyche)
- Opportunities for considerable spontaneity in behavior
- Considerable variety in daily experience
- Short goal-achievement cycles
- Aspirations of a kind likely to be fulfilled
- An environment and lifestyle which are conducive to a reasonable degree of:
- a sense of personal involvement
- a sense of purpose
- a sense of belonging
- a sense of responsibility
- a sense of interest
- a sense of excitement
- a sense of challenge
- a sense of satisfaction
- a sense of comradeship and love
- a sense of enjoyment
- a sense of confidence
- a sense of security
Comment trouvez-vous votre qualité de vie ?
http://www.ledevoir.com/2009/03/20/240669.htm l